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18/12/2016

Dimanche, jour du Seigneur n° 34

1955

MON LUSSON

Ni les mille vélos s'enfuyant des usines,
(René Varennes)

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25/09/2016

Dimanche, jour du Seigneur n° 24

 

Le 16 mai 1943 était un dimanche … Preuve à l’appui, le bandeau du numéro 20 du « Cœurs Vaillants » des curés et de leurs ouailles par temps d’occupation militaire allemande.

  

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Le fils du boulanger (Non ! Non ! Ce n’est pas le titre d’un film méconnu avec Raimu dans le rôle du patron enfariné) … Le fils du boulanger et moi étions plutôt bons amis lorsqu’il se haussait a ses huit printemps et moi à ma dizaine.

 

Ses parents l’envoyaient au catéchisme ainsi qu’à la messe dominicale mais, eux, ne se rendaient à l’église qu’en semaine, parfois le lundi. « On a le commerce à tenir, le dimanche matin surtout ! » Contre toute attente, mon petit voisin ne lisait pas Cœurs Vaillants – ou alors il s’en cachait rudement bien.

 

 - Tu lis Tintin ?

- Pas du tout. Je lis Spirou. Mes parents m’en achètent tous les albums. Tu veux que je te les prête ? Tu me les rendras quand tu voudras.

 

Je les lui rendais régulièrement, non sans regretter, j’avoue, qu’il ne me les donnât pas.

 

Ses parents, ayant bien plus de fric que les miens, lui offraient des quantités assez émerveillantes de petits soldats en plomb. Dans la cour à l’arrière du fournil il jouait au général devant d’innombrables troupes disciplinées dont les « morts à la guerre » ressuscités à nouveau vivants « bons pour l’armée ».

 

 - Il veut être policier plus tard.

 C’était sa mère qui confiait ça à ma mère.

 

 Je l’aimais bien, le fils du boulanger et j’ai plaisir à me souvenir qu’il m’aimait bien aussi.

 

 Seulement voilà : cet enfant de mon enfance avait une sœur un peu plus âgée que lui. Une sœur sûrement la plus coquette fillette du quartier. Le voisinage nous voyait souvent nous promener à trois.

 

 Patatras ! A l’approche des dix sept heures de je ne sais plus quel jour, peu après être sorti de l’école Voltaire qui, à ce moment là, n’accueillait pas les filles, je fus cerné par un petit groupe de petits bagarreurs habitués des berges du Canal de Berry.

 

 - Tu vas avec lui POUR sa sœur !

 

Vous savez qu’il y a toujours des jaloux qui souhaitent vous faire couper la tête sous le prétexte que vous avez les pieds mieux chaussés que les leurs.

 

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Les enfants ne sont t'enfants 

qu'en présence des adultes

 Ryal

07/08/2016

Dimanche, jour du Seigneur n° 21

 

Dans une rue traversée par le ruisseau des Étourneaux (et alors que l’herbe sauvage garnissait les deux côtés de cette rue qui semblait s’être tracée tout seule avec sa terre bosselée par l’affleurement de pierres rondes), dans ce parcours populaire, donc, un des gamins avait longtemps gardé une manie de bébé.

 

Ce n’était pas moi, c’était le voisin.

 

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08/05/2016

Dimanche, jour du Seigneur n° 9

 

- C’est vrai que tes oreilles ont grandi plus vite que ta tête.

 

Quoi, comment ? Et c’était ma mère qui confirmait une inquiétude, un malaise qui m’occupait depuis que je m’étais attardé devant la glace de l’armoire, rien que pour vérifier ce que je croyais être la symétrie naturelle d’un visage. Ma paire d’oreilles m’avait soudain paru trop grande, et chaque oreille décollée façon Jumbo.

 

Maman chercha à me rassurer : ça s’arrangerait avec le temps.

 

Peut être. Seulement, ça s’aggravait surtout au moment d'aller dehors. Fallait remédier à cette difformité d’autant difforme que je n’avais pas joyeusement imaginé jouer le clown au centre d’un attroupement de moqueries.

 

J’eus le bon réflexe : le béret. Je n’aimais pas le béret … Mais il y avait toujours une raison pour qu’un béret chapeaute mon crâne. Un jour : il va pleuvoir, mets ton béret. Un autre : il fait du vent, tu serais dépeigné. Encore un autre : le soleil tape, tu risquerais en pédalant sur ta bicyclette sur la route de Guéret, une insolation sans ton béret.

 

Pour une fois, elle allait vraiment être utile, la coiffure basque inséparable de la silhouette du maquisard embusqué. Le béret, je l’enfonçais jusqu’au ras des sourcils, bien à fond. J’enfermais mes esgourdes, les cachant pour les rendre inexistantes. Une esgourde ? j’ai dû trouver cet argot pendant mon adolescence chez Auguste le Breton. Allons, la journée s’annonçait moins mauvaise que ce que je craignais.

 

Mais comment avais-je pu oublier Marie-France ? … Marie-France était une gamine dont le jour de naissance et le mien sont à égalité depuis plus de soixante dix ans. Nous nous rendions intéressants devant la ménagerie des enfants du quartier en affirmant être frère et sœur de lait : « La même nourrice, on a eue ! »

 

Toutes les vraies nourrices portent de gros nichons ou, alors, ce ne sont que de fausses nourrices tricheuses et qui allaitent avec un Robert le marmot. Le Robert c’est le biberon.

 

Le lendemain, j’étais content de revoir Marie-France.

 

Elle m’accueillit d’un coup de pied.

 

- Avec ton béret enfoncé sur tes oreilles qu’est ce que t’es moche !

 

Moche ! Moi ? … Et elle, avec sa paire de lunettes sur son nez trouée de deux narines, elle n’était pas moche, cette binoclarde ?

 

Elle m’avait contrarié, la petite vache.

 

Mais en même temps, je ne disposais pas d'assez d’héroïsme pour lui déplaire. Je décidais donc de jeter mon bonnet non pas par dessus les moulins ; mais au moins dans ma poche de culotte. Dans ma poche gauche car, pour ce qui était de la droite je l’utilisais pour garder ma réserve de billes.

 

Donc, le béret disparu, ma liberté renaissait. Je guettais le moment où Marie-France sortirait de sa maison familiale au bout de la rue, se rendant comme moi « au Caté du jeudi matin » ; mais pas dans le bâtiment des garçons, elle.

 

Ravalant la dernière goutte du venin que j’avais entretenu à petit feu, je courus avec une fierté renouvelée vers la binoclarde.

 

- T’as vu, je n’ai plus de béret.

 

- On ne t’a jamais dit que tes oreilles débordaient de tes épaules ?

 

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Ryal 

01/05/2016

Dimanche, jour du Seigneur n° 8

 

Nous le surnommions « Gros Pif », c’était facile.

 

Et c’était vrai qu’il le portait énorme en plein visage, son tarin. On aurait cru que ce nez ne lui appartenait pas mais que, en punition d’on ne savait quelle faute, Dieu lui en avait infligé le port encombrant.

 

Cependant, cet abbé savait faire apprécier sa gentillesse. A croire qu’il se servait d’elle auprès de nous pour que nous oubliions sa disgrâce faciale. Il tapait bien le ballon en caoutchouc mal gonflé entre nos pattes parfois mal chaussées.

 

Un jeudi, nous dûmes aller jusqu’à Lavault Sainte Anne, toute la journée, accomplir je ne sait plus quel devoir religieux. Quelque retraite préparant à la communion solennelle, peut être.

 

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Je craignais que le temps paraisse trop long devant ma patience assez courte. Alors, passant devant l’enseigne Le Miscailloux, j’achetai les seize pages de Coq Hardi. Prix : vingt francs.

 

Nez gros aperçut les feuilles du vice que j’avais entrouvertes en négligeant toute prudence par l’effet d’une gourmandise visuelle.

 

- On ne regarde pas ces choses en présence d'un prêtre ! … Je te le confisque. Je te le rendrai ce soir.

 

Cause toujours ! Plus de soixante années sont passées avec l’eau du ruisseau sous le pont de la rue du Repos, et j’attends encore que la faussement gentille soutane me le rende mon Coq Hardi – Au voleur !

 

Le lendemain et pour rattraper la perte, j’ai demandé à la mère de mon père de me prêter ou, plus chrétiennement, de me donner vingt francs pour acheter l’illustré mais sans préciser que l’Église venait de m’en faucher un exemplaire.

 

- Henriette ne te les a donc pas donnés pour payer ton journal de guignols ? Ah ! Ça y est, j’y suis ! Tu t’es acheté du chewing-gum avec.

 

Je mentis, disant oui sans trop articuler.

 

- Je t’ai pourtant prévenu que ça déboîtait les dents. Tu veux ressembler à Madame T … qui n’en a plus ?

 

Ryal

 

24/04/2016

Dimanche, jour du Seigneur n° 7

 

Une des premières choses à retenir c’était d’apprendre LE signe de LA croix.

 

- Au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit, amène !

 

- Non ! c’est pas « amène ». C’est AMEN. Si tu viens pour plaisanter tu vas déchanter.

 

Notre famille ne pratiquait pour ainsi dire jamais.

 

Le baptême, la confirmation, le mariage, l’enterrement et ça y était, hop ! Hop ! 2000 ans de christianisme étaient franchis en trois ou quatre enjambées.

 

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La situation de ce brave gars était vraiment désespérée. Aussi m’efforçais-je en pensée de lui apporter un supplément de courage.

 

Ryal